La réponse de Maria Montessori à deux questions, 1924
Par Maria Montessori
Cet article a été publié dans l’Appel à l’Education Vol. 1, N° 1,1924
Si les enfants dans une école Montessori travaillent individuellement, plutôt que collectivement, comment pourront ils se préparer à la vie sociale ?
La vie sociale ne consiste ni en un groupe d’individus restant ensemble, l’un à côté de l’autre, ni en leur avancement en masse sous le commandement d’un capitaine comme un régiment en marche ni comme une classe ordinaire d’élèves.
La vie sociale de l’homme est fondée sur le travail, organisé de manière harmonieuse et sur les vertus sociales – et ce sont les attitudes qui se développent à un degré exceptionnel parmi nos enfants. La constance dans leur travail, la patience quand ils doivent attendre, la capacité d’adaptation aux circonstances innombrables qui se présentent à eux dans leurs contacts quotidiens avec les autres, l’entraide réciproque et ainsi de suite, sont tous les exercices qui représentent une vie sociale réelle et pratique et que nous voyons, pour la première fois, être organisées parmi les enfants dans une école. En fait, alors que les écoles sont équipées uniquement afin d’accommoder les enfants, assis passivement l’un à côté de l’autre, dont on attend qu’ils reçoivent du professeur (on pourrait presque dire de manière parasitique), nos écoles, au contraire, disposent de matériel adapté à toutes ces formes de travail qui sont nécessaires dans une petite communauté indépendante et active.
Le travail individuel dans lequel l’enfant peut s’isoler et se concentrer, sert à perfectionner son individualité et plus l’homme atteint la perfection, plus il est capable de s’associer harmonieusement avec les autres. Un mouvement social fort ne peut pas exister dans des individus préparés, juste comme les membres d’un orchestre ne peuvent pas jouer ensemble harmonieusement sans que chaque individu se soit consciencieusement entraîné seul par un exercice répété.
Dans les écoles Montessori, le travail est choisi par l’élève lui-même qui cherche l’occupation la plus intéressante et, par conséquent, celle qui lui est la plus agréable. Comment une telle préparation peut lui convenir pour prendre sa place dans la vie sociale où le devoir impose des tâches pas toujours plaisantes, en fait souvent tout-à-fait contraires au choix personnel ?
Celui qui se débat, surmontant les difficultés alors que sa tâche peut ne pas être plaisante, ou, en d’autres mots, qui se sacrifie doit, par-dessus tout, être fort. Par conséquent cette question, présuppose une condition qui est d’une importante fondamentale : ‘sine qua non’ – être fort. Les exercices spontanés que les petits enfants font dans nos écoles, choisissant le travail qu’ils aiment et qui les absorbe longtemps, dans une atmosphère de calme, les fortifie, et de cette façon, ils sont, bien qu’indirectement, se préparent aux éventuelles déplaisantes de leur vie sociale future. De la même façon, l’enfant qui est nourri uniquement de lait pendant sa première année de vie, se prépare ainsi à manger des aliments différents plus tard.
Si l’alimentation du nourrisson a été telle qu’elle a permis un développement physique robuste et sain, alors une fois grandi, il sera assez fort pour digérer une nourriture solide, mais pas s’il a été nourri d’une nourriture inappropriée et solide comme un enfant.
Lui qui a acquis le parfait équilibre de son corps, peut se pencher à droite et à gauche, et passer les étapes difficiles sans tomber. Par conséquent l’acquisition de l’équilibre, est une préparation nécessaire aux mouvements difficiles. Il en est de même de la vie psychique. L’enfant qui fait des exercices spontanés qui mènent à un équilibre mental sain sera capable de s’adapter sans perdre de sa propre individualité. Est-ce à travers la maladie et le malaise que nous nous préparons à être forts ? Les héros se sont-ils préparés graduellement à des actes d’héroïsme depuis l’enfance ? Non, leur vie est un grand incognito quant au futur. Ce qui doit se préparer à travers le présent est la force, l’équilibre et la santé. Ces enfants qui ont gagné la force intérieure dans leur travail et en s’exerçant comme des hommes, seront plus capables que nous de s’adapter à un effort qu’ils ne trouvent pas agréables.